DANS UNE AUTRE VIE

Dans une autre vie je n’étais pas maman. Je n’étais pas la femme de Choubidou. Dans cette autre vie j’étais Monica. Monica la grande gueule. La baroudeuse. Célibataire endurcie, plus célibatante que Bridget Jones. Dans une autre vie j’étais libre de toute contrainte. Libre de partir sur un coup de tête à l’autre bout du monde. Ou de monter dans un avion à la dernière minute pour me faire un week end aux Antilles. Dans une autre vie j’étais heureuse mais incomplète. Aujourd’hui, je suis exactement là où je voulais être, où je devais être mais parfois la nostalgie de cette autre vie me reprends.


Saoirse

Je n’ai qu’un seul tatouage. Cela m’aura pris 27 ans pour passer le pas de le faire. J’avais trop conscience de la quasi éternité d’un tatouage pour le faire sur un coup de tête. Alors j’ai réfléchi à ce que je voulais. Un signe fort, un mot plein de sens. Un mot que je pourrai regarder 15, 20, 30 ans plus tard et qui me rappellera ce qui est vraiment important dans la vie: la liberté.

Liberté de vivre comme bon me semble. De partir, d’explorer, de découvrir. Mais aussi la liberté de faire mes propres choix sans contrainte extérieur. Ne plus avoir peur du jugement ou ne plus avoir besoin de l’approbation des autres pour exister. N’avoir aucune attache, aucune chaîne pour me retenir.

Saoirse veut dire Liberté en gaélique irlandais. Bizarrement, j’ai toujours été amoureuse de l’Irlande, ses paysages, ses légendes et ses beaux barbus aux yeux verts :-D.

Mes ancêtres, ces grands explorateurs

Il faut dire que c’est dans mes gênes et dans mon histoire de ne pas avoir un seul port d’attache. Je suis portugaise, née au Portugal en 1984 et immigrée en France en 1991. Mes ancêtres sont de grands explorateurs. Alors, pour de vrai, je ne sais pas si je descends réellement d’un explorateur mais le peuple portugais est un peuple de la mer et de découvertes.

Le fait d’avoir immigré dès mon plus jeune âge a fait de moi une « entre deux ». Au Portugal je suis considérée comme Française. En France, je suis considérée comme Portugaise. Pendant longtemps je ne me suis sentie ni l’une ni l’autre. Je ne voyais ma famille qu’une fois par an. Les liens avec mes cousins se sont donc distendus jusqu’à disparaître presque complètement. Mais en même temps, mes parents n’ont pas noué d’autres relations en France. Je ne me sentais donc pas plus attachée à ce pays non plus. C’est pourquoi, arrivée à l’âge adulte, je me sentais perdue, sans attache, un peu comme un bateau à la dérive.

Un avenir dans le tourisme

J’ai erré pendant quelques années de petit boulot en petit boulot. Une histoire d’amour m’a menée vers un autre département pendant quelques années. Une fois cette histoire terminée plus rien ne m’y retenait. Je suis alors revenue dans les Hauts-de-Seine où j’avais grandit. Mes 25 ans approchaient et je n’avais rien achevé dans ma vie. Je n’avais aucune attache et aucun but précis. C’est alors que j’ai décidé de reprendre mes études dans le seul domaine qui me correspondait à cette époque: le tourisme.

Deux ans en alternance dans une agence de voyage m’ont permis de partir découvrir des destinations lointaines. Cependant, une fois le diplôme en poche, je ne me voyais pas me poser dans une agence et encore moins rester en région parisienne. C’est alors que j’ai pris la meilleure décision de ma vie: partir en sac à dos, seule, voyager.

Voyages, Voyages

J’ai ouvert un blog de voyages pour partager mes aventures avec mes amis et ma famille: Mo travels around Europe and the World. Nom pourri sur une plateforme de blog pourrie mais c’était mes débuts et je ne m’y connaissais pas du tout en blog. Lorsque j’aurai le temps, un jour, je reprendrai tout le contenu de cet ancien blog et j’en ferai un nouveau tout beau.

1er janvier 2012 j’étais dans l’Eurostar pour mon premier jour de voyage en solitaire. L’année précédente j’avais cumulé plusieurs jobs pour mettre de l’argent de côté. Je savais donc ma date de départ mais pas ma date de retour. Premier stop: Londres. Puis l’Ecosse et l’Irlande. Un petit retour sur Paris pour récupérer ma meilleure amie de l’époque qui ne fait malheureusement plus partie de ma vie depuis quelques années et direction l’Argentine. Passage éclair par le Chili et le Brésil avant de revenir une nouvelle fois sur Paris. Revenir pour mieux repartir rapidement au Portugal où j’avais trouvé un travail pour deux mois.

A la croisée des chemins

A mon retour sur Paris au mois de Septembre, pour mon 28ème anniversaire, j’avais épuisé tous mes deniers. Je me suis alors retrouvée face à 3 opportunités. C’est un de ces moments dans la vie où l’on se retrouve à la croisée des chemins. Un de ces moments qui nous fera dire plus tard: et si? Et si j’avais fait un choix différent à ce moment là? Et si j’avais pris le choix 1 ou le choix 2 plutôt que le choix 3? Où en serai-je aujourd’hui?

Les trois propositions étaient les suivantes:

  • choix 1: un poste de chargée d’accueil très bien rémunéré en région parisienne
  • choix 2: Un stage non rémunéré dans une agence de voyage de Luxe à Miami avec en charge le portefeuille de clients richissimes Brésiliens et une possibilité d’obtenir la carte verte au bout de 3 mois
  • choix 3: un poste d’agent de voyage dans une ville et une région que je ne connaissais pas: Valence

Un choix réfléchi

Il n’y a pas de suspens ici. Vous savez que j’ai pris le troisième choix. Le choix 1 n’était pas envisageable car je ne supportai plus la région parisienne et je ne me voyais pas y passer ma vie. Le choix 2 était extrêmement tentant et correspondait totalement à mes précédents choix de vie. Néanmoins, à 28 ans et après des années de voyages, de fêtes et d’histoires sans lendemain, je ressentais le besoin de me poser.

Je ne savais absolument pas ce que Valence allait me réserver. Tout ce que je savais c’est que c’était « aux portes de la Provence » et que c’était un poste d’agent de voyage. Ce que je ne savais pas encore c’est que cette ville allait m’apporter la plus grande aventure de ma vie. La rencontre avec mon choubidou et la construction de notre si jolie famille.

Et si…

Alors c’est vrai que parfois, quand c’est difficile, que je suis fatiguée ou que la vie de maman me pèse, je me demande « et si? ». Il est vrai aussi que les voyages me manquent atrocement. Parfois j’aime me remémorer mon autre vie, avant mes filles, avant mon homme, avant ma Drôme. Ma liberté d’action me manque. Cette sensation de pouvoir partir où et quand je le souhaite.

Mais une fois arrivée au bout de mes souvenirs, je me remémore aussi la solitude que je ressentais. Cette sensation de dérive et de ne pas avoir de racines. Aujourd’hui, je suis sereine et apaisée.  Mes racines sont enfoncées non pas dans une terre mais dans la famille que nous avons crée. Nos dernières aventures en famille m’ont aussi permis de réaliser que la Drôme avait pris une importance fondamentale dans ma vie. Sans m’en rendre compte j’en suis tombée amoureuse et lorsque je la quitte j’ai l’impression de quitter ma maison.

Aujourd’hui la Drôme, demain le monde!

Je ne regrette rien. Bien au contraire, je me sens incroyablement chanceuse. J’étais au bon endroit au bon moment. J’étais là où je devais être pour rencontrer mon destin. J’ai bien vécu avant. J’ai eu la chance de partir dans des contrées lointaines. J’ai fait des études, j’ai profité de ma jeunesse, j’ai eu le temps de faire des âneries sans avoir trop de conséquences néfastes.

Aujourd’hui je suis là où je devais être mais surtout là où je voulais être. Auprès de ceux que j’aime le plus. Dans une région magnifique qui nous permet de voyager toutes les semaines. C’est une chance d’habiter une région qui nous offre des paysages si différents et tellement beaux qu’on se croirait en vacances toute l’année.

Alors aujourd’hui on visite la Drôme mais demain le Monde sera toujours là. Autant choubidou que moi nous adorons voyager et nous comptons bien en donner le goût à nos enfants.

Dans une autre vie j’étais libre mais incomplète. Dans cette vie j’ai mes racines ancrées dans le coeur de mes filles et de mon homme et je me sens enfin à ma place.

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3 réflexions au sujet de « DANS UNE AUTRE VIE »

  1. Waouh je ne savais pas que tu avais eu cette vie si trépidante ! Ton article est très joliment écrit, il m’a embarquée ! Je suis allée vivre à Londres pendant un an avec mon chéri qui est aujourd’hui le père de mon petit garçon. Nous avons tous les deux beaucoup aimé et je serais bien restée. Mais j’avais eu mon concours pour rentrer dans mon école de traduction, mon chéri rentrait dans la vie active, ayant atteint la fin de ses études… Bref, on a repris notre vie en France là où on l’avait laissée, et je continue souvent à me demander « et si ? »

    1. Et oui je ne suis pas qu’une mère même si parfois je l’oubli moi-même! Je comprends tout à fait ton «et si?» mais ce n’est pas trop tard

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