LA HONTE DE LA MAUVAISE MERE

Etre une mauvaise mère, d’après moi, ce n’est pas possible à partir du moment où on aime son enfant. On peut commettre des erreurs, on peut ne pas arriver à gérer comme on le voudrait mais on n’est pas pour autant des mauvaises mères. Néanmoins, même en sachant cela, il m’arrive parfois de me juger sévèrement et de me trouver mauvaise mère. Récemment, j’ai eu à affronter une situation dans laquelle j’ai été une mauvaise mère à mes yeux mais aussi à ceux de la société.


Mauvaise mère VS mère parfaite

C’est le grand combat de notre société actuelle. Nous les mères ( et les pères) sommes tellement prompt à juger les autres mais surtout à nous juger nous même. J’ai souvent l’impression que selon la mode du moment il vaut mieux être « mère indigne » ou « mère parfaite ». Mais rassurez vous, que vous vous sentiez l’une ou l’autre, vous serez toujours jugée! C’est l’injustice de la condition de parent.

Ce qui m’agace un peu c’est que dès lors qu’on ose parler de parentalité positive, de bienveillance et de tout ce mouvement plutôt récent, on nous taxe tout de suite de « mère parfaite » de façon très ironique. Comme si le fait de dire que grâce à ces méthodes on se sent meilleur parent cela implique forcément qu’on juge ceux qui ne suivent pas la même méthode de mauvais parent. NON, ce n’est pas le cas.

Parentalité positive

Pour ma part, Filliozat, Dolto et compagnie m’ont apporté soutien, conseils et astuces pour me sentir meilleure mère. Néanmoins, peut être n’en avez vous pas besoin. Moi j’en ai ressenti le besoin et depuis que je suis leurs principes ma vie est nettement plus simple et sereine. J’ai l’impression de mieux comprendre ma fille et surtout d’apprendre à mieux accompagner ses sentiments qu’ils soient positifs ou négatifs. Là où avant j’aurai surement crié ou été énervée, voir excédée, j’arrive maintenant à rester calme (pas tout le temps) et à prendre du recul.

Mais encore une fois, ça marche pour moi car j’en ai eu besoin. Ce n’est pas pour autant que je juge votre façon de faire ou que je la remets en question. Tant que ça marche et que vous vous sentez bien, où est le problème?!

Je suis une bonne mère

Bon, dans la vie quotidienne je dois avouer que depuis quelques mois je me sens plutôt « bonne mère ». Attention, je n’ai pas dit « mère parfaite » mais bonne mère, dans le sens où tout se passe tellement bien avec Tessa que forcément c’est très facile d’être une bonne maman. Bien entendu, pour que tout se passe bien il faut de la bonne volonté des deux côtés. Tessa grandit et comprend de mieux en mieux ce qui facilité déjà les choses. De mon côté, je me sens de plus en plus sereine et légitime dans mon rôle de maman. La cerise sur le gâteau étant que les conseils et astuces de la parentalité bienveillante semblent désamorcer le peu de crises qui peuvent encore arriver. Bref, que du bonheur!

Sauf ce jour là

Je me sens donc habituellement plutôt bonne mère et même lorsque je craque et je pousse une gueulante de temps en temps, je ne m’en veux pas. Je n’oublie pas que je suis humaine et que j’ai le droit d’être fatiguée, énervée, pas dans mon assiette et donc de craquer. Tant que ça reste occasionnel et surtout que j’en reparle avec ma fille ensuite pour lui expliquer, je n’en garde aucune culpabilité.

Pourtant, ce jour là, je me suis sentie la pire mère du monde et encore maintenant j’ai du mal à m’en remettre. C’était mercredi matin, il y a 15 jours. Nous étions à la médiathèque, comme une bonne mère que je suis (allez, c’est bon j’exagère, ne le prenez pas mal :-)), pour retrouver une amie et ses petits. Tout s’était bien passé, nous étions sur le départ mais j’attendais que mon amie finisse son inscription à la médiathèque. Tessa, 27 mois, et son petit garçon de 4 ans, s’amusaient à faire la courses dans le grand hall. Moi je les surveillais et tout se passait très bien. Puis à un moment, j’ai proposé à mon amie de lui prendre son tout petit bébé de quelques mois dans les bras pour lui laisser champ libre pour remplir son inscription. Juste le temps de me retourner, de le prendre dans les bras et de me tourner de nouveau vers les deux plus grands qu’il était déjà trop tard.

Ça peut arriver à n’importe qui en seulement quelques secondes

Les deux grands avaient ouvert la porte du hall et se trouvaient déjà de l’autre côté, sur une grande esplanade donnant sur la rue.

 » Rentrez tout de suite! Je vous ai demandé de ne pas sortir tout seuls! »

Le fils de ma copine a commencé à ouvrir la porte lorsque Tessa s’est soudain retournée et mise à courir de toutes ses forces sur l’esplanade en direction de la route. Le reste s’est déroulé comme dans un rêve, ou un cauchemar plutôt.

En l’espace de quelques secondes, je me vois crier son prénom, rendre le bébé en toute vitesse à mon amie et me mettre à courir avec mon gros ventre de 7 mois de grossesse derrière elle. Je la vois courir en riant, comme si on jouait à s’attraper et se rapprocher de plus en plus du passage piéton. Dans ma tête se mêlait l’angoisse et l’incrédulité. Elle ne traversera jamais. Elle sait que c’est dangereux. Tous les jours on joue au jeu d’apprendre à traverser un passage piéton. On s’arrête, on regarde à droite, on regarde à gauche et seulement quand il n’y a plus aucune voiture, là on peut traverser mais toujours en donnant la main.

Je cris de plus en plus fort, de plus en plus désespérément. Ce moment semble durer une éternité. Je n’arrive pas à la rattraper, elle court trop vite, je suis trop encombrée par mon ventre, elle a pris trop d’avance. Elle arrive au passage piéton et ne s’arrête pas. Mon souffle se coupe. Je vois devant moi une voiture arriver et la percuter de plein fouet. Je vois ces images devant mes yeux. Je n’exagère pas, je les vois devant moi. Et soudain elle est de l’autre côté de la rue alors que j’arrive à peine au passage piéton. Je ne me rappelle plus si j’ai regardé avant de traverser. Je sais juste que quelques secondes plus tard je l’ai attrapée et prise un peu trop fort dans mes bras.

Je me suis écroulée par terre, la serrant toujours très fort et laissant les pleurs et les tremblements envahir mon corps. Soulagement. C’est la seule chose que j’ai ressenti à ce moment là. Il n’y a eu aucune voiture lorsqu’elle a traversé. Soulagement. Elle est en vie, en pleine forme et en sécurité dans mes bras. Soulagement. Pourtant ce n’est pas du soulagement que je voudrais ressentir à ce moment là mais de la colère. Je voudrais pouvoir être tellement en colère contre elle que j’en sois capable de lui mettre une fessée. J’aimerai lui crier tellement fort dans les oreilles qu’elle se souvienne à tout jamais de ce moment. Mais je n’y arrive pas. Je n’arrive qu’à ressentir du soulagement et une extrême gratitude envers ma bonne étoile.

Culpabilité

Bien entendu, entre mes sanglots, je reprends mes esprits et j’essaye de la gronder en utilisant la voix la plus sévère que j’arrive à faire. Je vois dans ses yeux qu’elle ne comprends pas. Je lui dis qu’elle a fait la plus grosse bêtise de sa vie. Que jamais, jamais, il ne faut partir dans la rue sans maman. Je lui explique qu’une voiture aurait pu lui faire très mal. J’essaye de montrer de la colère mais je ne suis pas sure que ça fonctionne vraiment. Une fois rentrées à la maison, Bastian est encore là et je lui raconte en pleurs ce qui vient d’arriver. Malheureusement, il n’a pas le temps car il doit partir au travail mais ne semble pas plus choqué que cela.

Pourtant, moi je le suis complètement. Je n’arrête pas de voir cette image d’une voiture qui renverse son petit corps. La culpabilité commence à s’infiltrer sournoisement en moi. Je sais que j’ai manqué de vigilance. Le pire aurait pu arriver. Bien entendu, les enfants sont rapides et cela peut arriver en quelques secondes. Néanmoins, je m’en veux énormément. Il m’aura fallu l’après-midi entière pour évacuer mon stress en pleurant pendant des heures. Le soir et les jours suivants j’y ai repensé plusieurs fois. J’ai essayé d’être bienveillante avec moi-même. De me dire que ça peut arriver à tout le monde. Oui c’est vrai mais encore une fois, le pire aurait pu arriver et là je ne m’en serai jamais remise.

Moralité

Que vous vous sentiez bonne ou mauvaise mère vous pouvez devenir l’un ou l’autre en une fraction de seconde. Arrêtez de vous prendre la tête. Suivez votre instinct. Sachez demander de l’aide quand vous vous sentez submergée. Il n’y a aucune honte à cela. Que ce soit dans les livres ou auprès de vos amis voir même sur les réseaux sociaux, entourez vous. Soyez fiers du parent que vous êtes. Et si ça vous arrive de vous sentir coupable ou minable, soyez indulgents avec vous même.

Aimez vos enfants, c’est le principal.


 Mon tout premier livre à paraître le 7 avril et déjà en précommande!

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