CES 6 DERNIERS MOIS – PARTIE 2

Il y a quelques temps j’avais écrit ce premier article pour vous expliquer pourquoi un tel silence radio pendant presque 6 mois. Comme je vous l’expliquais, après notre départ dans le Nord, les choses sont allées de mal en pis. Cela a commencé par mes nausées puis par l’hospitalisation et l’opération de MiniNous. Dans cette deuxième partie, je vous raconte la suite de l’histoire, peut être moins grave mais tout aussi morose. Je vous rassure, tout se termine bien surtout depuis notre retour dans la Drôme!


Après la pluie, la tempête

La première partie de cet article s’est donc achevée par le retour à la maison et la rémission de MiniNous. Le mois de Novembre était déjà là. Déjà deux mois passés dans le Nord sans avoir pu réellement nous installer. Sans avoir pu nous sentir chez nous ni trouver nos marques. La météo qui avait été clémente depuis notre arrivée est rapidement devenue grise et froide comme escompté. Le temps semblait être le reflet de nos humeurs. Nous étions ressortis de ces dernières épreuves meurtris et affaiblis. Avec du recul je me dis que nous courrions droit à la catastrophe. Malheureusement, par dessus ce bon gros paquet de nuages gris, d’autres déconvenues sont venues s’ajouter nous poussant jusqu’à l’explosion finale.

Grossesse et nausées

Novembre 2016, je suis enceinte de 2 mois mais rien ne va. Pourtant cette deuxième grossesse nous l’avons souhaitée Bastian et moi. Comme pour la première, elle est arrivée vite, même encore plus vite vu que nous avons réussi lors de notre premier essai en août. Nous faisons partie de ces couples chanceux qui décident du moment où ils veulent faire un enfant et qui y arrivent sans problème. Néanmoins, rien ne va. Mes nausées sont toujours aussi présentes. Ma fatigue s’est transformée en épuisement physique et moral après notre passage à l’hôpital. Je n’aime pas cette grossesse, je ne m’investis pas dedans. J’en viens même à regretter d’être tombée enceinte. Moi qui n’ai jamais fait de dépression, je la sens pour la première fois de ma vie pointer le bout de son nez.

Quand la dépression s’installe

Tessa va mieux, physiquement, mais le terrible two est toujours présent et difficile à gérer. Je me sens démissionnaire. A bout de souffle. Sans courage ni bonne volonté pour rien. Je me laisse dépérir sur le canapé et je ferme les yeux en espérant que ces satanées nausées et ce spleen disparaissent enfin. Je ne veux voir personne. En même temps à part la famille de mon homme, nous ne connaissons personne. Je me traîne difficilement aux repas de famille. J’essaye de faire bonne figure tout en gérant mes nausées. Mais la plupart du temps je refuse simplement d’y aller. Je sais que la famille ne comprend pas mon attitude et commence à la prendre mal. Mais je n’y peux rien. Plus rien n’a d’importance. La dépression est bien là.

Je baisse les bras

A ce moment là, j’ai clairement baissé les bras. C’est trop, trop dur, trop de nausées, trop de fatigue, trop de stress. Je ne me sens pas bien dans cette maison mal chauffée, dans cette région plate et grise. Je n’ai pas envie de faire à manger. Gérer les crises de Tessa. Je ne veux pas ranger. Parfois je ne veux même pas me laver.

Bastian, encore une fois, doit prendre le relais. Il n’a pas le choix. Je ne suis plus que l’ombre de moi-même. Il n’est pas loin de craquer lui non plus. Je le vois, je le sens. Il m’en veut. Lui aussi a du vivre tout ça. Pour lui aussi c’est dur. Lui qui avait tant de nostalgie de son enfance, de sa famille, de sa région natale. Il espérait que ce retour aux sources se passerait différemment et gère du mieux qu’il peut. Il est le père qui promène sa fille pour lui éviter de voir sa mère broyer du noir. L’homme qui essaye de nourrir sa femme qui ne veut rien avaler. Il est celui qui range, qui nettoie, qui va voir la famille. Celui qui essaye de rester dans l’action.

Un couple au bord de la rupture

Mais il est au bord de l’explosion. Il me le dit. Parfois avec des mots durs que je ne peux pas supporter sur le moment. Maintenant avec le recul je me rends compte de ce que je lui ai fait endurer mais sur le moment je prenais ses reproches pour des coups de pelles qui allaient finir par m’achever. Il me dit qu’il n’en peut plus de me voir affalée sur le canapé, à ne rien faire. Qu’il n’en peut plus de devoir tout gérer seul. Il me reproche de ne faire aucun effort pour m’en sortir, de me plaindre constamment.

Il m’achève en me disant qu’il m’en veut d’être tombée enceinte aussi vite. Que cette grossesse nous pourrit l’existence. Que oui il voulait un deuxième enfant mais pas à ce prix là. Il ne s’attendait pas à ce que je tombe enceinte aussi vite, je le sais. Il pensait que le temps d’essayer et de réussir, je serai surement enceinte pour la fin d’année.

Une rancoeur profonde s’installe entre nous deux. Moi avec ma dépression, lui avec son raz le bol. Nous dans cette région qu’on arrive pas à aimer, dans cette maison qui ne nous cause que du soucis. On s’éloigne, pire on en vient à ne plus se supporter. Jusqu’à ce soir où tout bascule.

L’impudique vérité

Ce passage est très intime. J’ai longtemps hésité à en parler sur le blog. J’ai longtemps pesé le pour et le contre. Le risque que je prends d’exposer ainsi ma vie de couple. Peu de gens qui nous connaissent vraiment vont lire cet article et tant mieux. Ils risqueraient de ne pas comprendre et de me reprocher mon manque de discrétion. Bastian lui même ne sera sans doute jamais au courant car il ne lit pas mon blog. Néanmoins, j’ai besoin d’exorciser ce passage difficile dans ma vie, dans notre vie.

Pendant ces 6 mois je suis tombée dans un trou sans fin dans lequel j’ai cru me perdre, me noyer et n’en jamais ressortir. Aujourd’hui, je suis plus heureuse que jamais. Peut être malgré cette période mais peut être aussi grâce à cette période noire. Il aura peut être fallu toucher le fond pour remonter à la surface et réussir à s’élever encore plus haut au dessus des nuages, au plus près du soleil. C’est donc mon choix d’être totalement honnête et le passage qui va suivre, aussi douloureux et peu glorieux pour notre couple soit il, est ma façon de passer définitivement à autre chose.

De l’amour à la haine

Il était 18h. Le nuit était déjà là. J’avais passé une partie de l’après-midi à comater comme à mon habitude sur le canapé accompagnée par mes nausées. Bastian était parti avec Tessa se promener. Ils sont entrés, Tessa est venue dans mes bras. Je l’ai prise machinalement, je l’ai embrassée et je me suis dit qu’heureusement qu’elle était là. Mon seul rayon de soleil dans le brouillard de ma dépression. Bastian lui ne vient plus m’embrasser depuis plusieurs jours. La guerre froide est clairement installée entre nous. Et à vrai dire, je m’en fout. Je veux juste qu’il me laisse tranquille. Néanmoins il se retourne vers moi et me dit: « on a croisé ma mère avec ma nièce, elles viennent dîner à la maison ce soir. J’ai pris de quoi faire une raclette. » En une seconde je vois rouge.

« Mais putain! Même pas tu me demande avant de les inviter! Tu sais que le soir c’est là que mes nausées sont les pires! Je suis en survet, même pas lavée! J’ai envie de voir personne! Et sérieusement une raclette?!!! Tu veux me faire vomir? Mais qu’est ce que t’es égoïste! ». Je n’en peux plus, je décharge toute ma colère contre lui. Je sais que cette invitation est une provocation de sa part et ça me rend dingue. Il me répond en s’énervant aussi qu’il en a marre de s’enterrer dans cette maison avec moi. Qu’il a quand même le droit d’inviter sa mère à dîner et que si je ne suis pas contente je n’ai qu’à aller me coucher.

DING DONG. 18h30 sa mère est là. Moi qui était déjà dans une rage folle j’explose: « Mais putain!!! t’aurai pu me prévenir qu’elle arriverait aussi tôt! Je ne veux pas la voir! Je ne veux pas te voir! J’en peux plus! ». Je le vois surpris de l’arrivée aussi rapide de sa mère. Ça n’a pas l’air de lui plaire plus qu’à moi mais il m’en veut tellement de mon attitude qu’il s’en va ouvrir la porte sans me répondre.

Le coup de grâce

Je suis en pleurs sur le canapé, de rage et de haine. Sa mère rentre dans le salon sans me laisser le temps de me réfugier à l’étage. Elle me prend dans les bras et me demande ce qui se passe. J’essaye de prendre sur moi mais j’explose encore plus en pleurs. Je lui réponds que les nausées et la fatigue sont très dures à gérer. Puis j’entends « non, ça ne va plus entre nous, dans notre couple ».

Voilà, le coup de grâce est lancé par lui devant sa mère. Ces mots m’achèvent littéralement. Nous le savions, autant lui que moi, mais les mots n’étaient jamais encore sortis. Il m’achève en le disant à haute voix surtout dans cette situation, surtout devant sa mère. Clairement, il rend notre statut publique. Il affirme haut et fort que ça ne va plus entre nous, qu’il n’est plus heureux avec moi. C’en est trop pour moi. Je pars sans plus aucun mot dans la chambre. Je pleure toutes les larmes de mon corps. De rage, de tristesse, de découragement, d’impuissance. Je me sens trahie par celui qui devrait être mon pilier surtout dans les moments difficiles. Je lui en veux terriblement.

La rupture

Ce soir là, j’ai passé la soirée à pleurer seule dans mon lit. Lui a dîné avec sa mère et les filles. J’apprendrai plus tard qu’il a vidé son sac. Qu’il en avait besoin. Qu’il ne savait plus comment gérer sa propre détresse. Lorsqu’il est monté se coucher, après avoir encore géré seul le coucher de Tessa, nous avons parlé. Je lui ai rendu sa bague de fiançailles. Il l’a acceptée. Ça m’a fait encore plus mal. Je lui ai demandé si il voulait qu’on se quitte, que chacun suive son chemin. Il m’a répondu qu’il ne savait pas. Je lui ai dit que je n’étais plus heureuse. Il m’a répondu que lui non plus. Je lui ai demandé s’il m’aimait encore. Il m’a répondu qu’il ne savait plus. J’ai pleuré, il a pleuré.

Le lendemain il m’a dit qu’il partait. Pour la journée, pour le moment. Quand il est revenu le soir, je lui ai demandé s’il savait mieux où il en était. Il m’a répondu que non. Je lui ai redemandé s’il m’aimait encore. Il m’a répondu qu’il ne savait plus. Je lui ai demandé s’il voulait qu’on se quitte, que chacun suive sa route. Il m’a dit qu’il valait peut être mieux. Je n’ai pas pleuré. Lui non plus.

Et après?

Deux jours plus tard je me tenais dans le bureau d’une assistante sociale, lui expliquant ma situation. Seule, dans une région inconnue, sans travail, enceinte, avec une petite fille de deux ans. Oui le papa est présent et non je ne suis pas à la rue mais j’ai besoin de trouver un logement. Il sait où je suis et pourquoi j’y suis. Quand je rentre avec un dossier de demande de logement, il me demande si je pense arriver à en trouver un. Mon coeur est dur et froid. Je vais me retrouver mère célibataire à 32 ans, dans une région que je n’aime pas mais ça ne me fait pas peur.

Au troisième jour, une entente cordiale s’est installée entre nous. On ne s’engueule plus. Pour quoi faire? On n’est plus ensemble. A quoi bon? Personne n’est encore au courant. Je lui ai demandé d’avoir ce respect le temps que je me retourne. Le temps que je digère. En ce troisième jour je décide néanmoins d’en parler avec la seule amie que nous avons en commun lui et moi. Elle m’explique l’avoir eu au téléphone l’avant-veille, pendant qu’il était parti la journée entière. Elle me dit qu’elle le sent perdu en effet mais qu’il lui a dit m’aimer toujours.

La lumière au bout du chemin

Moi qui m’étais endurci le cœur, j’ai senti les larmes tomber toutes seules en entendant ces mots. Il m’aime encore. Et pourtant, il me quitte. Enceinte de notre deuxième enfant. Comment est-ce possible? Ai-je été si horrible que ça ces derniers temps? Je l’ai trouvé si dur, si injuste avec moi ces derniers mois. Prise au piège dans une région que je n’arrive pas à aimer et tout ça pour lui. Je lui en ai voulu.

Mais finalement, celle qui a proposé de tenter notre chance dans le Nord c’est moi, pas lui. A aucun moment il ne m’a demandé de déménager. Il a même cherché à m’en dissuader lorsque je lui ai proposé. Il m’a prévenue que la région n’était pas facile. Que la météo n’était pas clémente. Que je risquais de ne pas m’y plaire. Pourtant, c’est moi qui l’ai poussé à le faire. A l’époque je pensais sincèrement que ça pourrait être une nouvelle belle aventure pour notre famille. Finalement, ça aura provoqué notre fin.

Puis, j’ai repensé à ces derniers mois. A tout ce que nous venions de traverser. Ma grossesse soudaine, mes nausées dévastatrices, l’hospitalisation catastrophique de notre petite fille, la fatigue, la dépression, nos rancoeurs. Finalement, comment aurait il pu en être autrement? On peut être forts mais jusqu’à un certain point seulement. Nous ne sommes que des humains et quand le sort s’acharne, parfois il est plus bénéfique d’arrêter de se battre contre le vent. Il m’aime encore et moi je l’ai toujours aimé.

Ensemble, plus forts, vers l’avant

Le mois de décembre est là. Il n’est plus question de se séparer depuis ce jour où nous avons tout mis à plat. Nos rancoeurs, nos détresses, nos peines mais surtout notre amour. On a pas sorti les violons. On ne s’est pas promis que tout irait mieux tout de suite. Mais on s’est promis de tout faire pour. Il a voulu me rendre la bague, je l’ai refusée. Le mariage est pour moi un symbole fort pas juste un bout de papier, une jolie bague et une demande romantique.

Notre couple a traversé le désert et a failli tomber dans les sables mouvants. Je l’aime et je veux devenir sa femme mais avant ça je veux sentir de nouveau la force de notre couple. Je veux que nos racines deviennent encore plus profondes et ancrées. Pas inébranlables. Je suis consciente qu’un couple devra forcément affronter des moments difficiles. Mais je ne veux plus jamais avoir peur de nous perdre comme nous venions de le faire.

Machine arrière

Lors de notre discussion nous avons également admis notre erreur: le Nord ce n’est pas pour nous. De mon côté je ne m’y plais pas du tout et du sien la déception est cuisante. Il avait une telle nostalgie de son enfance que la réalité lui a coûté. Les grandes réunions de famille de son enfance n’existent presque plus. Divorces, mariages, enfants, chacun a fait sa vie de son côté et c’est bien compréhensible. Le travail n’est pas facile à trouver non plus. Que ce soit lui ou moi, nous avons postulé à tous les types d’offres que nous pouvions trouver sans succès. La maison que nous avons loué, idéale sur le papier, s’est transformée en vrai cauchemar. Impossible à chauffer, vétuste, déprimante, entourée de maisons abandonnées dans un village sans vie ni commerces. Même la plus grande ville la plus proche ne propose aucun parc pour Tessa.

Comparé à la diversité et à la beauté de notre Drôme d’adoption le Nord nous parait bien fade. Et pourtant, je peux comprendre pourquoi Bastian en gardait de si bons souvenirs. Les gens sont ouverts et sympas. La vie à la campagne propose une qualité de vie aux enfants. Mais un trop gros changement s’est passé autant en lui qu’en moi et la Drôme s’est incrustée profondément dans nos coeurs. Parfois il faut avoir perdu quelque chose pour se rendre compte à quel point on l’aime.

La décision est donc prise: nous repartons dans la Drôme, ensemble, soudés et prêts à de nouvelles aventures pour notre famille!


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3 réflexions au sujet de « CES 6 DERNIERS MOIS – PARTIE 2 »

  1. Je n’avais pas lu cette « partie » de l’histoire qui, heureusement, est derrière vous … Dépression et crise du « Terrible Two », je vis également cela depuis plusieurs mois (aggravée par la naissance de sa petite sœur …) avec mon grand de deux ans et demi et c’est vraiment épuisant ! Heureusement que sa petite sœur de bientôt 9 mois est un ange, même si toute cette agitation / les crises de son frère la fatiguent aussi et que parfois, on comprend juste que ses « pleurs » veulent dire : « J’en ai marre, je suis là moi aussi » ;-(

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