SOUVENIRS DE LAVOIR

Mémoires d’une Portugaise (MUP) – Souvenirs de lavoir

Aujourd’hui j’ouvre une nouvelle catégorie sur le blog. Une catégorie très personnelle. C’est étonnant, c’est un sujet que je voulais aborder depuis des années, j’ai même essayé d’en faire un livre sans jamais y parvenir. Aujourd’hui je me sens prête à en parler et j’en ai même encore plus envie que jamais. Si vous ne le savez pas encore, je vais vous l’apprendre: Je suis Portugaise. Non pas d’origine Portugaise mais une vrai de vrai, née là-bas et tout. J’ai même connu la carte de séjour pendant quelques mois avant que les frontières européennes ne s’ouvrent et nous permettent de vivre et de travailler sans autorisation particulière. J’ai tellement de choses à dire autour de ce thème que je dois en faire une catégorie et non pas simplement un ou deux billets. J’ai beaucoup de bonnes choses à dire mais quelques plus mauvaises voir même tristes. C’est la vie. En tout cas c’est la mienne et je ne la changerai pour rien au monde. Tous les articles de cette catégorie sont autobiographiques et non romancés. Voici le premier de cette, je l’espère, longue série.

4 generations

4 générations de gauche à droite: ma grand-mère Alzira, moi Monica, ma mère Rosa et mon arrière grand-mère Rosa. J’ai d’ailleurs donné en deuxième prénom à ma fille: Tessa, Rose

Souvenirs de lavoirs

Ce matin j’étais dans ma salle de bain, penchée sur ma baignoire, essayant d’enlever les tâches « propres » des vêtements de MiniNous avec du savon de Marseille. Les tâches propres, vous savez celles qui restent malgré le passage en machine. Celles qui défigurent les jolis bodys ou bavoirs de bébé. Me refusant à utiliser des détachants et autres produits chimiques, toujours dans mon concept de zéro déchet, bio, naturel, toussa toussa, j’y allais au savon de Marseille et à l’huile de coude à défaut d’avoir une brosse à vêtements sous la main. Toute à ma tâche je laisse vagabonder mes pensées. Des souvenirs commencent à arriver et à m’envahir. Des souvenirs de femmes entourant un lavoir et parlant les unes avec les autres tout en frottant les vêtements avec de gros savons et des brosses dures, les passant dans l’eau du lavoir du village, les sortants, les relavant au savon, les repassant dans l’eau pour finir par les frapper sur la pierre du lavoir. Dans ce souvenir je vois les femmes parler d’elles, de leur vie, de leurs questionnements, de leur anecdotes, de leurs enfants enfants qui courent et s’amusent tout au tour du lavoir.

monica champs

Vous vous dites sans doute que j’ai trop regardé la petite maison dans la prairie. Que nenni! Ces souvenirs sont les miens, réels et vécus il n’y a pas si longtemps de ça. Dans un village du Nord du Portugal, il y a moins de 30 ans. Moi-même j’en ai 31 actuellement et ces souvenirs datent de mes premières années de vie. Ces femmes étaient ma grande-mère, ma mère, mes tantes, nos voisines. Ces enfants, c’était moi, mes cousins, mes petits voisins et voisines. Ces souvenirs me réchauffent le cœur et ont forgé ce que je suis devenue aujourd’hui et ce que j’aspire à être toute ma vie: une personne proche de la nature, qui vit chaque instant comme une bénédiction et qui veut retrouver un peu de cette simplicité d’antan.

vale de cambra

Je me souviens de matinées entières passées à jouer autour du lavoir avec mes copains. Nos mères qui riaient ou nous disputaient. Je me souviens avoir voulu jouer la casse-cou et être tombée dans le lavoir sans savoir nager. C’est profond ces machins là, faut pas croire! Heureusement, j’ai été vite repêchée et bien enguirlandée. Je me souviens encore de ce goût savonneux dans la bouche. Je me souviens également du goût délicieux de l’eau de la fontaine naturelle qui se trouvait au même endroit que le lavoir. Fontaine ou ma grand-mère, moi et tout le reste du village venions avec nos gros bidons vides recueillir l’eau de la semaine. Je me souviens du chemin qui mène à ce lavoir: de gros pavés au sol et au-dessus de ma tête des figues à volonté. Je me souviens avoir couru sur ces pavés, être tombée et avoir saigné du front. Je me souviens avoir gardé une petite cicatrice boursouflée de ce petit gadin pendant des années. Aujourd’hui, bizarrement on en voit plus rien.

Zéro déchet, bio, naturel

Je crois sincèrement que si aujourd’hui je suis autant investi dans une démarche de réduction des déchets, d’utilisation de circuits courts et de produits simples et sains c’est tout simplement parce que je l’ai vécu ce mode de vie. J’ai grandi dans ce mode de vie. Je sais que c’est un mode de vie valable et réalisable. De nos jours, avec la « modernisation » de tout et de n’importe quoi on pense se faciliter la vie, aller plus vite mais au final est-ce bien le cas? Pour ma part, je ne le crois pas. Je prends pour exemple ma situation de ce matin. J’ai une machine à laver. Bon, pas des plus perfectionnés mais elle me convient bien. En tout cas, elle lave nos vêtements depuis des années et le fait plutôt bien. Là ou les ennuis commencent c’est avec l’arrivée de bébé. Les tâches ne sont pas tout à fait les mêmes que celles d’un adulte. Une tâche de carotte ou de caca, bien que lavée et relavée à 60°C ne partira jamais. C’est ce genre de tâche que nous les mamans, appelons « tâches propres »: le vêtement est propre mais reste tâché. Il existe des détachants mais d’une je ne veux pas de chimique chez moi et de deux ils ne fonctionnent pas à tous les coups! Heureusement, il existe des méthodes plus naturelles: mettre au soleil les vêtement ce qui fait déjà partir beaucoup du « orange » de la tâche ou alors pré-laver les vêtements au savon de Marseille et frotter! Je sais que la plupart n’ont ni le temps ni l’envie de le faire. Soit. Moi j’ai un peu de temps, ou en tout cas je fais en sorte de l’avoir et j’ai envie de le faire. Alors je me dis: à quoi bon une machine à laver? Vu que je lave et je frotte le vêtement, je pourrais tout autant les mettre directement à sécher. A ce rythme, qu’est ce qui m’empêche de faire nos vêtements à nous par la même occasion?

monica panier

Je vais être honnête, la machine je l’aime bien quand même. Ça va vite et ça lave quand même pas mal, alors je la garde mais je me questionne et je pense à avant. Ce avant que j’ai connu, ce avant que j’aimerai vivre de nouveau. Mais je sais que dans l’état actuel des choses et de la société ce n’est pas possible.

Soirée entre nanas

La société actuelle fait que nous, femmes, mamans et même hommes et papas nous devons travailler pour vivre, certains même diraient vivre pour travailler. Pour cela, les enfants posent problème, il faut donc payer quelqu’un, souvent plus de la moitié de notre propre salaire, pour nous enlever cette « épine du pied ».  Alors on bosse encore plus parce qu’un demi salaire, une fois la nounou payée, ça ne suffit pas à payer les charges de la machine à laver ni les courses au supermarché. Néanmoins, la société nous dit que c’est bien de réussir à tout concilier: travail, famille ET amis! Nous les filles nous faisons donc ce qu’on appelle dans le milieu: des soirées nana. Pas d’enfants et pas de mecs, juste nous pour parler entre nous de tout et de rien. wow! Ça fait un bien fou ces soirées!

Oui, c’est vrai mais encore une fois, autour de ces lavoirs, c’est bien ce que faisaient les femmes non? C’était leur moment à elles. Elles piaillaient sur la dernière robe de machin chose ou se plaignaient que monsieur était « trop en demande affective » ou elles s’émerveillaient ensemble des bêtises que leur progéniture faisait ensemble. C’était ça le réseau social de l’époque. Justin Bridou peut bien dire ce qu’il veut dans sa pub mais le premier réseau social, celui qui rassemblait les gens c’était les lavoirs!

Et vous, ça vous ne dirait pas une mâtinée nana autour du lavoir?


Voilà pour ma première « mémoire d’une portugaise ». Si vous avez aimé, n’hésitez pas à commenter. Si vous même êtes portugais, n’hésitez pas à vous présenter. Si vous aussi avez des souvenirs de simplicité que ce soit en France, au Portugal ou tout ailleurs dans le monde, n’hésitez pas à nous en parler.

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Comments

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2 réflexions au sujet de « SOUVENIRS DE LAVOIR »

  1. Super ton billet et super idée de rubrique ! Eh bien moi je ne savais pas que tu étais Portugaise ! Moi j’ai simplement des origines (ma grand-mère, je ne suis donc qu’1/4 on va dire 😉 ). Il y a quelque chose de vraiment émouvants dans ces souvenirs et je vois comme ils peuvent influencer ta démarche.

    1. Hello quart/compatriote 😉
      J’adore me replonger dans les vieilles photos et me souvenir de ce qu’était ma vie avant mes 6 ans…
      Je pense aussi que c’est pour ça que je n’ai jamais aimé ma vie à Paris et que je suis partie vivre en province!

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