RETOUR A LA CASE DEPART

Six jours après l’arrivée de notre premier bébé, nous voilà de retour à l’hôpital. Comme je vous l’ai expliqué dans mon précédent article, des douleurs de ventre atroces me déchirent le ventre. Malheureusement, cela va prendre plusieurs jours pour que les médecins trouvent enfin la cause. Entre temps, j’ai eu très peur et surtout très mal. Alors, si un jour vous avez les mêmes symptômes que moi, ne perdez pas de temps et allez consulter immédiatement.


Samedi 03/01/15 – Douleurs, peurs et pleurs

Prévoir l’imprévisible

Il est 5h30. Je me plie de douleur dans mon lit. Je n’arrive pas à croire qu’on va devoir partir aux urgences avec un bébé de 6 jours. Nous n’avons pourtant pas le choix. Je souffre trop pour conduire et je peux à peine marcher. Laisser Tessa à ma sœur n’est pas non plus envisageable car je dois l’allaiter et je n’ai pas de lait artificiel à la maison. Je ne pense d’ailleurs qu’à ça. Comment je vais faire pour nourrir ma bébé? Elle vient de téter mais elle réclame souvent moins d’une heure après. Est-ce que je vais être avec elle aux urgences ou est-ce que Bastian va devoir m’attendre avec Tessa en pleurs et affamée? J’aurai dû y penser, j’aurai dû prévoir, je devrais toujours avoir du lait artificiel à la maison, au cas où. Mais au cas où quoi? Comment j’aurai pu deviner que je devrais retourner aux urgences quelques jours après mon accouchement?

Urgences

Je mets difficilement mon manteau pendant que Bastian prépare le landau. Je préviens ma sœur qui semble paniquée de nous voir partir aux urgences. Nous sortons alors dans un froid glacial et encore une fois je m’en veux à mort de faire subir ça à mon bébé. Je pleure de douleurs, d’incompréhension et de culpabilité. Bastian doit m’aider à m’installer dans la voiture, j’ai trop mal, je n’arrive pas à lever la jambe. Chaque petite bosse, chaque petit trou sur cette route d’un kilomètre pour rejoindre l’hôpital me relance la douleur de plus belle. Bastian ne cherche pas à se garer dans le parking, il se met juste à l’entrée des urgences. Dans ma tête je le remercie milles fois, je n’aurai jamais pu traverser le parking pour rejoindre l’entrée. Je fourni les derniers efforts nécessaires, à peine 10 pas pour arriver enfin à l’accueil.

Quel tableau nous devons présenter à la pauvre dame de l’accueil. Moi en pleurs et pliée en deux. Bastian complètement hagard avec un bébé de 6 jours dans le couffin. Je ne dis pas grand chose. Seulement: « j’ai accouché il y a une semaine et j’ai horriblement mal au ventre ». Ni une ni deux, la dame appelle les urgences obstétriques pour les prévenir que j’arrive et que c’est urgent. Aller encore quelques pas et j’y serai.

UGO – Urgences gynécologiques obstétriques

Une jeune interne nous reçoit, Bastian et Tessa restent à mes côtés. Heureusement, ma bébé dort paisiblement. L’interne m’installe à moitié pliée sur la table d’examen. Elle appuie partout sur mon ventre et quand elle arrive à droite j’explose de douleur et pleure toutes les larmes de mon corps. Pourtant, je ne me considère pas comme quelqu’un de douillet mais là clairement j’ai mal comme jamais (ou presque, merci les contractions). Elle me demande sur  une échelle de 1 à 10, où se situe ma douleur. J’essaye justement de la comparer à mes contractions (environ 9), je leur donne un bon 7. Elle décide alors de me faire une écho, elle cherche, cherche, cherche mais ne trouve rien. Elle me repalpe, me pose pleins de questions et décide de me faire une analyse d’urine qui revient normale.

Appendicite ou constipation?

Cette interne me dit que mes symptômes et la localisation de la douleur lui font suspecter l’appendicite. Mais je n’ai ni vomissements ni fièvre donc c’est peu probable. Je finis par lui dire que je suis un peu constipée depuis quelques jours mais que j’ai déjà été constipée et que je n’ai jamais eu aussi mal. Elle décide tout de même de me donner un lavement et me laisse seule quelques minutes pour évacuer. Avant de sortir de la pièce, je lui demande s’il est possible de récupérer un biberon pour Tessa. Elle accepte très gentiment et va en chercher à la maternité juste au-dessus. Je suis un peu rassurée, je sais qu’au moins ma puce n’aura pas faim.

Fausse constipation

Je fais donc mes petites affaires et je me sens nettement soulagée. La douleur bien que toujours présente est nettement moins intense. A son retour, j’explique à l’interne que ça devait surement être la constipation car la douleur n’est plus qu’un petit 2. Ahhh je me sens tellement mieux! Je n’aurai jamais cru qu’une simple constipation puisse me faire aussi mal. C’en est limite ridicule! Je me sens tellement bête…Néanmoins, la douleur n’a pas complètement disparu. Je dois donc prendre des médicaments pour la douleur et d’autres pour la constipation. Je la remercie vivement et m’excuse presque de l’avoir dérangée pour « si peu ». Elle est très compréhensive et nous souhaite bonne journée.

Urgences pédiatriques

Je sors sur mes pieds. Plus du tout pliée même si la douleur est toujours là dans un petit coin. Je me dis que je devrais en profiter pour passer aux urgences pédiatriques pour vérifier la constipation de Tessa. Ainsi que sa jaunisse qui est toujours présente. Lorsque nous expliquons cela à l’infirmière de garde, déjà pas du tout agréable au départ, elle nous répond d’un air glacial: « et bien vous allez devoir attendre car le pédiatre de garde dort encore, il a travaillé jusque tard ». Nous lui répondons donc que nous allons attendre dans la salle d’attente. « Mais non vous ne pouvez pas voyons! (air scandalisé) Votre bébé n’a que 6 jours, vous savez le nombre de microbes qu’il y a dans une salle d’attente des urgences??? ».

Un pédiatre fatigué

Elle nous fait donc patienter dans une salle d’examen. Au bout d’une heure Tessa se réveille et réclame à manger, je lui donne donc le sein. Quelques minutes plus tard, un très jeune pédiatre, la tête toute chiffonnée et les yeux injectés de sang fait enfin son entrée. Il vérifie le poids et le ventre de notre bébé. Il nous explique qu’il n’y a rien de spécial et qu’un enfant allaité peut rester jusqu’à une semaine sans rien faire. Il ne faut pas s’en inquiéter si le bébé ne semble pas avoir de douleurs. Quant à la jaunisse, elle est toujours présente mais son niveau est assez bas. Il nous conseille simplement de mettre bébé régulièrement à la lumière du jour.

Retour à la maison

Nous repartons enfin à la maison, rassurés et presque honteux de s’être tant inquiétés cette nuit. Il est 9 heures, nous sommes éreintés et décidons donc de nous coucher une petite heure avant l’arrivée de mes parents (toujours là en visite comme expliqué dans l’article précédent). Mes parents arrivent, la tête des mauvais jours, ils ont mal dormi dans leur hôtel pas cher. Je ne suis pas d’humeur ce matin à être agréable et à prendre sur moi pour supporter leur mauvaise humeur. Je leur explique notre voyage aux urgences. Ils n’ont pas l’air plus inquiets que ça et décident de repartir sur Paris direct. Je leur souhaite bon voyage et retourne me coucher auprès de mon bébé et de mon homme.

Enfin seuls!

Cela peut vous paraître insensible de ma part mais: Enfin seuls! Nous passons la journée à savourer notre cocon. Rythmée par les tétées et les dodos de notre princesse. Je laisse Bastian aller acheter mes médicaments et les prends comme indiqué. La douleur qui avait tendance à revenir s’estompe un peu à chaque prise. Nous terminons la journée heureux d’être ensemble et en bonne santé. Au moment de se coucher je dis à Bastian d’aller directement se coucher dans le canapé pour pouvoir rattraper la nuit précédente. Je sais que de mon côté je vais alterner entre tétés et micro dodos. J’installe donc Tessa directement dans le lit avec moi. La première partie de la nuit se déroule bien ainsi…

Dimanche 04/01/15  – Urgences et hospitalisation

Il est 3h30 et la douleur commence de nouveau à me lancer. 4h, la douleur est de nouveau très forte mais en plus je sens comme un début de fièvre. 4h15, je me plie de nouveau de douleur. Non! je ne veux pas repartir aux urgences. Mais la fièvre me fait peur, je pense de suite à l’appendicite. Je sais qu’on en meurt si on est pas assez rapide. Ma bébé dort à côté de moi et Bastian dort dans le salon. Je décide donc de prendre sur moi et d’appeler le 15 pour leur demander si selon mes symptômes je dois ou non repartir aux urgences. Le médecin de garde est formel, s’il y a fièvre il faut y aller rapidement. Je raccroche la peur au ventre mais je refuse d’accepter cette situation de nouveau. Je me sens de plus en plus fiévreuse, j’ai tellement froid et plus j’ai froid plus j’ai mal au ventre. J’arrive à peine à me pencher au-dessus de mon bébé qui est pourtant couchée à 15cm de moi. Je me dis qu’encore une fois je me retrouve sans lait artificiel pour la nourrir.

Pharmacie de garde, la blague du jour

Je cherche alors sur internet la pharmacie de garde pour passer y chercher du lait en allant aux urgences. impossible de trouver l’info sur internet. J’appelle alors la gendarmerie qui est censée le savoir: « il va falloir venir dans nos locaux madame, je suis seul au téléphone et ne peut me déplacer pour aller chercher l’information ». Je lui explique ma situation et que ça me semble compliqué de passer les voir alors que je souffre et que ma fille a faim. Il ne veut rien entendre. 4h30, j’ai tellement mal que je pleure seule. Je suis en plein délire de fièvre. J’ai peur que ma fille se réveille. J’ai trop froid et j’ai trop mal, je n’arriverai même pas à la prendre dans mes bras. Je finis par accepter l’inévitable, nous allons devoir retourner aux urgences.

Cris de désespoir sans réponse

Maintenant, il faut que je réveille Bastian. Je sais qu’il a mis ses boules quies. Cela ne sert donc à rien que je l’appelle depuis la chambre en plus je risque de réveiller bébé. Je l’appelle alors sur son portable.. J’entends le bip de la sonnerie dans mon téléphone mais aucune sonnerie dans l’appartement. Pas de chance il doit l’avoir mis en silencieux. J’essaye alors d’appeler sur le fixe qui est dans le salon. Il n’y a même pas de bip dans mon téléphone. Merde! Il a dû éteindre la box qui fait une lumière et un bruit de dingue. Je n’arrive pas à croire cet enchaînement de poisse.

Merci monsieur du 15

Je l’appelle doucement « Bastian…, Bastian… ». Rien. Forcément, comment pourrait-il m’entendre avec ses bouchons d’oreille? Toute à mon délire fiévreux, je rappelle le 15 et redemande au même médecin de garde si il croit vraiment que je dois aller aux urgences. Il me répond très patiemment (c’est fou ce qu’il a été cool ce médecin!) que oui c’est très important que j’y aille surtout que ma fièvre semble augmenter dangereusement.

Je lui demande si on ne peut pas m’envoyer une ambulance car je n’arrive pas à réveiller mon copain et qu’il m’est impossible de me déplacer (je vous dis j’étais en plein délire!). Il m’explique avec toute la patience du monde (brave homme!) qu’il faudrait vraiment que j’arrive à réveiller Bastian car il ne peut pas m’envoyer d’ambulance si j’ai quelqu’un pour m’y emmener. Il sent mon désespoir et surtout entend mes pleurs. Il me dit alors d’essayer vraiment de réveiller Bastian mais qu’en dernier recours si vraiment je n’ai pas d’autre choix il verra pour essayer de m’envoyer une ambulance.

Cri de désespoir

Je raccroche en pleurs, en plein délire, emplie de douleurs. Extrêmement inquiète car je sens Tessa s’agiter à côté de moi. Mon dieu! Je ne pourrais même pas la prendre dans mes bras si elle se met à pleurer! Sans parler de la nourrir! Qu’est ce que je vais faire? Je commence complètement à paniquer.

J’appelle Bastian. Rien.

Un peu plus fort. Rien.

Encore plus fort. Rien.

Et je l’appelle, je l’appelle, je l’appelle, un coup sur son portable, un coup en criant et en pleurant. Je suis désespérée.

Tessa est réveillée et chouine. Je lui parle en pleurant. Mais je ne peux même pas bouger mon bras pour la toucher. J’ai tellement froid, je grelotte, j’ai mal, je suis désespérée, je me vois déjà sombrer avec mon bébé pleurant à côté de moi. Je perds tout sens et je me met à crier de toutes mes forces BASTIANNNN!

Au bout de ce qui me semble une éternité, je le vois enfin arriver dans la chambre complètement hagard. Il ne comprend rien, il est paniqué, il me demande ce qu’il se passe. Je vois dans son regard que ma tête lui fait peur. Il m’expliquera plus tard que j’étais trempée, blanche et qu’il croyait qu’il était arrivé quelque chose au bébé…

Route sous tension 

Je lui explique que j’ai encore plus mal qu’hier et que j’ai de la fièvre. Rebelote, il emmaillote bébé et la met dans le landau. Moi j’utilise mes dernières réserves pour enfiler chaussures, manteau et remet par dessus une couverture. Je lui demande de rapprocher un maximum la voiture. Le froid glacial de l’air m’est insupportable, je marche complètement repliée, presque accroupie. A chaque pas j’ai peur de tomber ou de crier ou de m’évanouir. Je n’en peux plus, je n’arrive pas à croire que je suis en train de faire subir tout ce cirque de nouveau à mon pauvre bébé. En plus, j’ai tellement peur de lui avoir transmis ma fièvre à travers l’allaitement. Elle devrait avoir faim vu l’heure mais elle est calme dans son landau.

On reprends le même trajet, avec les mêmes bosses et les mêmes trous insupportables. Bastian se gare au même endroit face aux urgences. J’hésite à lui demander d’aller chercher un fauteuil roulant. Je ne me sens plus le courage de faire un seul pas, j’ai trop mal, j’ai envie de crier ma détresse. Je prends encore sur moi en me disant que ça ira plus vite si je marche. Il faut qu’on m’aide, j’ai vraiment trop mal. Le tableau que nous devons afficher à l’accueil des urgences doit être encore plus pitoyable que la veille. Je suis enroulée dans une couverture, pliée en deux. Bastian est sur le point de craquer je le vois bien. Il va pour parler à l’homme qui gère l’accueil cette nuit mais j’entends sa voix se briser. Je prends le relais et je vais droit au but: « un bon pour les urgences obstétriques et un autre pour les urgences pédiatriques svp ».

Retour aux UGO

Derniers mètres à parcourir et je me retrouve face à une nouvelle interne. Je lui explique très rapidement les événements de la veille. Elle prends ma fièvre, 39. Elle me fait une prise de sang et m’explique qu’elle va devoir me transférer aux urgences générales. En effet, si sa collègue n’a rien détecté à l’écho d’hier le problème ne doit pas être gynécologique. De plus, vu la fièvre, l’appendicite revient une nouvelle fois sur le tapis. Je m’en fout de savoir ce que c’est. Je veux simplement qu’on me soulage! Elle me dit que ça risque de prendre beaucoup de temps car les urgences sont toujours pleines. Je demande alors à Bastian d’aller aux urgences pédiatriques en attendant les résultats de la prise de sang et mon transfert aux urgences générales. Je veux absolument qu’on examine Tessa pour voir si elle a de la fièvre et ce qu’on doit faire si je lui ai transmis quelque chose.

Une infection liée à l’appendicite?

Il revient en même temps que les analyses. J’ai une grosse infection, c’est certain. Cela peut tout à fait correspondre avec l’appendicite. En pédiatrie par contre tout va bien, ils lui ont expliqué que même avec de la fièvre je peux continuer de l’allaiter sans risques et qu’elle aura au contraire pris mes anti-corps donc tout ira bien. Malheureusement, les urgences ne sont pas un lieu sur pour un bébé de 7 jours. Et dire qu’une semaine plus tôt, un dimanche également, nous arrivions au même endroit plein de bonheur car je venais de perdre les eaux. L’interne conseille à Bastian de rentrer à la maison et d’attendre qu’on l’appelle. Elle fait descendre de la maternité plusieurs biberons et je comprends que je suis là pour plusieurs heures.

Idées noires

Une fois Bastian partie avec mon tout petit bébé dans les bras, je craque complètement. Je n’arrive pas à croire ce que je suis en train de vivre. A peine ma bébé fille rencontrée, je suis déjà séparée d’elle. Je m’imagine déjà opérée, loin d’elle pour je ne sais combien de temps. Puis mes idées deviennent carrément morbides. Et si j’y passais? Les appendicites c’est courant mais pas bénin. Ça reste une opération. Et si au final ce n’était pas l’appendicite et que je meurs avant qu’on trouve ce que c’est. J’imagine que c’est la fièvre qui me faisait délirer à ce point.

Transfert aux urgences générales

L’interne de l’UGO (urgences obstétriques, gynécologiques) me déplace directement sur un lit roulant. Elle parcoure plusieurs couloirs jusqu’au bureau des urgences générales. Elle est toute timide, elle frappe à la porte, leur explique mon cas, leur dit que c’est urgent et que je souffre beaucoup. J’entends qu’elle se fait sèchement rembarrer, qu’il faut envoyer le dossier informatiquement avant qu’on me prenne en charge. Elle rétorque que c’est déjà fait. On lui répond toujours sèchement qu’il faut alors me « déposer » à l’entrée et que l’infirmière de garde viendra me « rentrer » dans leur base. La pauvre interne est dépitée. Elle comprend ma souffrance mais ne peut rien faire pour accélérer les choses. Elle me dépose donc à l’entrée du bureau de l’infirmière de garde, s’excuse de ne rien pouvoir faire d’autre, me souhaite bon courage et s’en va. Je suis là, dans ce couloir froid d’hôpital, en train de souffrir car on ne m’a donné aucun médicament. En plein délire de fièvre enroulée dans ma couverture rouge à attendre, sans savoir quoi, qui ou combien de temps…

Bienvenue aux urgences générales

L’infirmière arrive enfin, me pose 2-3 questions, nom, date de naissance, date d’accouchement et m’emmène dans une salle d’examen plongée dans le noir. Je suis dans un couloir rempli de salles comme la mienne. J’entends des gémissements, des pleurs, je vois des gens malades, des personnes âgées à moité nues. Puis,  j’entends au loin une femme qui insulte les infirmières, elle a l’air droguée ou alcoolisée je ne saurai le dire. Une infirmière lui répond qu’elle doit se calmer car elle doit lui faire une prise de sang. Elle lui explique qu’ellene veut pas se piquer elle même, qu’elle ne connaît pas cette patiente, peut être qu’elle a le sida ou tout autre maladie. Je suis sous le choc. Moi qui n’ai jamais été hospitalisée, je ne me suis jamais rien cassé, je ne connais pas cet univers d’hôpital. Ça m’angoisse, j’ai peur, je me sens seule et j’ai toujours tellement mal.

Une fièvre douloureuse

Une nouvelle infirmière arrive dans ma salle d’examen, je ne saurai dire au bout de combien de temps. Je n’arrive plus à avoir conscience du temps. Je suis perdue dans un cauchemar gris et froid transpercé de coup d’épées ardentes dans le ventre. Cette infirmière est beaucoup plus sympathique, me rassure, m’écoute lui raconter pour la dixième fois ma visite de la veille, les examens déjà effectués, la suspicion d’appendicite, l’apparition de la fièvre etc.

Elle me demande d’ailleurs de retirer ma couverture rouge. Je lui dis que je ne peux pas j’ai trop froid, je tremble, je ne supporte pas le froid sur ma peau, ça me fait encore plus mal. Elle insiste et tire elle même sur la couverture: « vous avez 39 de fièvre, il faut qu’elle redescende et pour ça il faut vous découvrir, prenez ce drap et mettez le sur vos jambes, pas plus haut ». Mon dieu, ce que c’est dur. Je tremble de tout mon corps. J’ai mal partout, j’ai l’impression de recevoir des piqûres sur tout le corps et un gros coup de poignard en bas à droite. Elle m’installe une perfusion. Puis, elle m’explique qu’elle va me donner un peu de paracétamol pour calmer la douleur et la fièvre. Et que pour le moment on attend d’être appelées au scanner mais qu’il y a beaucoup d’attente.

Une attente interminable

La douleur diminue un peu, mais la fièvre est toujours là. J’essaye de me détendre un peu, de fermer les yeux mais je n’y arrive pas. J’appelle alors Bastian pour avoir des nouvelles mais je capte très mal et je l’entends à peine. Il me dit que tout va bien, que Tessa a bien bu son biberon, qu’elle est calme. Il me demande si j’en sais plus. Je lui dit que non et lui explique ce qui s’est passé depuis son départ. Après avoir raccroché, je me sens mieux. Je sais que ma fille est bien avec son papa. Moi je suis prise en charge et je ne partirai pas avant qu’ils aient trouvé ce que j’ai et qu’ils m’aient soignée!

Je ne veux plus jamais revivre une nuit pareille ni le faire subir de nouveau à mon homme et ma fille. Je prends mon mal en patience et j’écoute les bruits alentours. Au bout d’un long moment, personne n’est venu me voir et la douleur revient sur le devant de la scène. Je patiente en me disant que la perfusion était presque finie et que quelqu’un viendra surement la remplacer à un moment. J’attends, j’attends, j’attends, mais toujours rien. Je vois une infirmière (celle qui avait la patiente spéciale) faire des allers-retours avec des bassines, des fils, des fauteuils roulants. J’essaye de calculer le nombre de kilomètres qu’elle doit parcourir pendant une journée classique de travail.

Douleurs et morphine

Arrivée à un certain stade de la douleur je n’en peux plus d’attendre et je l’interpelle. Elle passe sans même me regarder, pourtant je suis sûre d’avoir parlé assez fort. Je crois que je ne fais pas partie de son secteur. Je suis de nouveau angoissée. La douleur reprend de plus belle et de nouveau personne ne répond à mes appels. Je pleure encore et j’appelle Bastian.

« Mon » infirmière revient enfin. Je lui dit au milieu d’un sanglot « j’ai trop mal aidez moi svp ». Elle réagit au quart de tour. Rapidement, elle revient avec quelque chose qu’elle injecte dans la perfusion pendant que je suis toujours au téléphone avec mon chéri. Elle me dit: « avec ce que je vous injecte vous n’aurez plus mal très vite. Par contre chez certaines personnes ça leur donne un coup de chaud mais ça passe tout aussi vite ». Je la remercie et reprend ma conversation avec choubidou.

Soudain je me sens partir. Je dis dans un souffle « attends, ne raccroche pas, il se passe un truc ». Et là je laisse retomber ma main et tout mon corps devient une vague géante. J’ai l’impression qu’un rouleau compresseur me passe dessus. J’ai des fourmilles de partout. Et puis tout aussi soudainement ça s’arrête. Je rassure Bastian et lui dit que je le rappelle plus tard car je sens que je risque de m’endormir à tout instant. La douleur disparaît presque complètement et je me sens si bien! Quelques minutes plus tard j’ai un gros coup de chaud qui me fait suer à grosses gouttes, je dois même retirer le pauvre draps sur mes jambes. En quelques secondes je suis trempée mais en quelques secondes je n’ai plus du tout de fièvre. Qu’elle expérience bizarre! Je sombre enfin dans un état comateux, à moitié endormie mais consciente de tout ce qui m’entoure.

Scanner

Au bout de je ne sais combien de temps on vient enfin me chercher pour passer le scanner. J’ai du mal à me mettre debout et à m’asseoir dans le fauteuil roulant. J’entends l’infirmière dire au docteur: « je lui ai donné un peu de morphine ». J’hallucine, jamais de ma vie je n’ai pris un truc aussi fort. J’arrive à lui demander si ça va poser problème pour mon allaitement. Elle me répond que non. On parcoure des couloirs interminables. Je crois même qu’on va à l’autre bout de l’hôpital. On traverse une aile toute neuve de l’hôpital encore en travaux et au bout de cette aile on arrive à la seule salle aménagée de tout le secteur: le scanner.

Je me dis que le docteur qui s’en occupe doit se sentir bien isolé toute la journée. Encore sous l’emprise de la morphine je commence à m’imaginer dans un film de science fiction. Emmenée dans une aile fantôme de l’hôpital pour me faire passer des examens bizarres et m’injecter des remèdes expérimentaux. Bref, je passe le scanner, on me ramène dans l’aile animée des urgences mais on me laisse dans le couloir, dans un coin, qu’elle charme!

On ne sait pas

Très peu de temps après arrive un nouveau docteur: « mademoiselle nous ne voyons aucun problème avec votre appendicite au scanner. Nous ne comprenons pas d’où viennent vos douleurs. On va vous renvoyer au service UGO ».

Mais non!!! J’en reviens!!! Ils n’ont rien trouvé! Je n’invente pas cette douleur, c’est insupportable, ce n’est pas possible que vous ne voyez rien! Là je redescend très vite de mon délire de morphine. Je suis anéantie, je me vois de nouveau mourir parce qu’on aura pas su me diagnostiquer à temps. Pourquoi la vie est-elle si injuste? Je n’ai même pas eu le temps de profiter de ma fille. Et elle, elle va grandir sans maman. Comment Bastian va-t-il s’en sortir tout seul? Ça ne peut pas nous arriver. Bastian m’avait bien dit qu’on avait eu trop de chance: tomber enceinte en deux mois, grossesse sans aucune complication et accouchement de rêve! La roue tourne.

Retour aux UGO…encore!

On me ramène en UGO. La même interne et une nouvelle sont de nouveau devant moi et semblent très embêtées. Elles n’ont aucune idée de ce qui m’arrive. Puis arrive la gynécologue en chef. Elle est venue exprès pour mon cas un dimanche. Ça m’inquiète encore plus. Une femme très sûre d’elle d’une bonne cinquantaine d’années. Elle n’est pas particulièrement chaleureuse et va droit au but. « Je vais vous refaire une écho et on partira de là ». Bam bim boum, elle me met la sonde vaginale, regarde son écran et en 10 secondes chronos me dit: « et bah voilà ce qui vous embête, il vous reste un petit morceau de placenta dans l’utérus ».

Rétention placentaire

Quoi??? Comment c’est possible??? Je me rappelle le jour de mon accouchement. Les sages-femmes l’ont retiré en un seul morceau et l’ont examiné devant moi. Tout allait bien. Et puis, jeudi dernier quand j’ai perdu des « morceaux » j’ai appelé la maternité en leur disant ma peur que ce soit des restes de placenta et elles m’ont assuré que non. Et hier alors? L’interne a été très consciencieuse. Elle a passé beaucoup de temps sur l’écho, elle a tout regardé. Comment a-t-elle pu le rater?

Toutes ces questions se bousculent dans ma tête mais la seule qui sort c’est : « ok donc comment je soigne ça et à quelle heure dois-je demander à Bastian de me venir me chercher? ». « Et bien, là je vais essayer de le retirer avec un grand coton tige et on verra après ». Hop, hop, elle arrive à choper un bout mais il en reste qu’elle ne peut enlever. « Bon maintenant, on va vous ré-hospitaliser dans le service de maternité, vous mettre sous perfusion, vous donner un médicament pour provoquer de nouvelles contractions qui vont évacuer ce morceau de placenta et vous mettre sous antibiotiques pour l’infection ».

Nouvelle hospitalisation…à la maternité

Là mon monde s’écroule de nouveau autour de moi et je me met à pleurer. Elle me dit de ne pas m’inquiéter, que ça se soigne très bien et qu’on a eu de la chance de le voir à temps. Mais moi je m’en fout de ça. Tout ce que je vois c’est que je vais être encore séparée de ma bébé et que Bastian va devoir la nourrir au biberon. Je suis effondrée. Je lui explique entre deux sanglots que j’allaite ma fille et que je voudrai la possibilité de tirer mon lait. Elle me dit d’un coup: « Mais ne vous inquiétez pas! Comme vous serez à la maternité vous pourrez garder votre fille avec vous pendant toute l’hospitalisation ». Oh joie! bonheur! petites clochettes qui tintinnabulent!

« Combien de temps vais-je être hospitalisée? » – « oh pas longtemps! 2 ou 3 jours! ». Ah oui quand même! Bon pas grave, je regarde le côté positif des choses: je vais garder ma bébé avec moi! Yeahh!!!

Et c’est partie pour un nouveau séjour à la maternité une semaine jour pour jour après mon accouchement.

PS: ce que j’ai eu s’appelle une endométrite (infection de l’endomètre) du à la rétention du placenta.


 

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14 réflexions au sujet de « RETOUR A LA CASE DEPART »

    1. Merci! De base je suis du genre à voir le verre à moitié plein et comme ma plus grande peur c’était d’être séparée de mon bébé, le reste m’a paru moins insurmontable quand on m’a dit que je pouvais l’avoir avec moi…

  1. Je découvre ton blog et suis très émue par tes récits
    on a envie d’y passer des heures!
    Félicitations pour cette très jolie Tessa.

    (moi aussi j’ai eu des débuts difficiles avec mon Ernest, mais c’est lui qui a été hospitalisé le premier mois pour une bronchiolite)
    je connais cette angoisse précoce de séparation.

    Je reviendrai bien vite
    Alice

  2. oh mon dieu tu as aussi fait une rétention placentaire! Moi j’ai fait une enorme hémorragie chez moi, toute seule avec mon bébé de 11 jours! Il me restait un morceau de placenta de quasi 4 cm!!!! en 3 semaines il m’aura fallu un premier passage au bloc pour un curetage qui n’a pas marché puis une tentative d’avortement médicamenteuse de ce placenta comme pour une IVG qui n’a pas du tout fonctionné et un deuxieme séjour au bloc pour m’en débarraser!!! Par contre je n’avais eu aucune douleur lors de l’hemmoragie chez moi mais au vu de ce que j’ai perdu en aspect je pensais que je faisais limite une descente d’organe!!!!!! les seules douleurs que j’ai eu c’est 3 jours après mon premier curetage où la j’ai cru que j’allais encore accoucher! c’était une alerte pour me dire que contre toute attente, c’était encore là!
    Bref, je me sens moins seule!! j’ai pas profité de mon bébé tout neuf lors de son premier mois de vie…! (j’en ai même fait un article tellement je me sentais seule sur ce sujet!)

    1. oh punaise ma pauvre! C’est encore pire que moi ton histoire. Moi j’avoue que j’en garde une petite rancoeur car je pense vraiment que c’est l’une des raisons qui m’a fait foirer mon allaitement. Sans parler de la douleur et que pendant qu’ils ne trouvaient pas ce que c’était j’ai cru que j’allais mourir pour de vrai

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